Repérer un collaborateur surdoué au bureau ne repose ni sur le flair ni sur le hasard. Les expériences partagées par des professionnels de la santé au travail, des responsables d’équipe et des acteurs du soutien en entreprise, avec la contribution de Anaëlle Bourdon, responsable des ressources humaines, et Hélène Plassoux, présidente de l’association Axiohom, le prouvent : identifier et accompagner les adultes à haut potentiel dans le monde professionnel reste un vrai défi.
Côtoyer un adulte doué, c’est découvrir une personnalité dense, percutante, en recherche constante de complexité et de nouveauté. Comme l’enfant à haut potentiel, il a besoin de comprendre, d’explorer le sens de ses missions. S’il suit imperturbablement le fil rouge de la logique, c’est parce qu’il ne se satisfait pas de réponses toutes faites. Il questionne, secoue parfois l’organisation, refuse les automatismes, parce que le “pourquoi” précède toujours le “comment”.
Ce moteur intellectuel, puissant et exigeant, donne le ton. Placez ce salarié sur une tâche sans intérêt ou sans cohérence, et l’ennui gagne du terrain. Rapidement, la frustration s’installe, le désengagement guette. Mais attribuez-lui un dossier exigeant, imprévisible, et il dépassera les attentes, parfois jusqu’à l’excès, quitte à bouleverser l’équilibre du groupe.
Ils n’apprennent que si cela résonne en eux
Chez ces profils, inutile de compter sur l’automatisme ou les routines dénuées de sens. Leur demander d’exécuter des tâches vides de logique ou d’utilité, c’est courir droit vers la démotivation. En revanche, dès que l’enjeu semble réel ou stimulant, l’engagement est total, parfois encombrant, car le besoin de défi les pousse à s’immiscer dans des domaines qui débordent leur propre périmètre de travail, au risque d’irriter les collègues.
L’hypersensibilité et l’inventivité de ces collaborateurs, lorsqu’elles n’ont pas d’espace pour s’exprimer, peuvent s’accompagner d’une anxiété persistante, voire de troubles liés au stress. L’épuisement professionnel ou une phase dépressive amènent parfois ces adultes à se questionner sur leur fonctionnement. Pour tenir le cap, beaucoup trouvent un appui dans des occupations extérieures : activités sportives, projets artistiques, discussions autour de passions partagées. Des soupapes bienvenues pour contrebalancer la tension vécue au travail.
Dans l’univers digital et les métiers liés à l’informatique, les adultes à haut potentiel trouvent souvent leur place. L’autonomie, la possibilité de creuser leurs sujets de prédilection, alimentent leur épanouissement, même si l’exigence du résultat reste lourde à porter. Certains choisissent de lancer leur propre entreprise, d’autres apprennent à composer avec le manque de stimulation, et quelques-uns préfèrent changer d’environnement régulièrement, accumulant expériences et compétences sans toujours poursuivre un fil conducteur identifiable.
Pour cerner les parcours de ces talents hors cadre et affiner votre regard, consulter reconnaitre un surdoué permet d’aller plus loin.
Repérer un adulte à haut potentiel : quels indices ?
Le terme “surdoué” agite souvent les conversations en France, mais il alimente aussi quantité de malentendus. Plus qu’une notion de supériorité, il recouvre surtout une différence de fonctionnement intellectuel, émotionnel, relationnel. Lire, décrypter, ressentir différemment : c’est toute une singularité. Pour éviter la confusion, « haut potentiel intellectuel » s’impose désormais, plus précis, moins dérangeant.
L’identification d’un adulte à haut potentiel ne se limite jamais à un signe isolé. Pour s’orienter, plusieurs indices reviennent fréquemment :
- Une capacité à se concentrer durablement sur des sujets complexes ;
- Un traitement rapide de l’information, associé à une aptitude à établir des liens inédits entre les idées ;
- Un appétit marqué pour l’innovation ou la création, notamment dans des domaines artistiques ou techniques.
Les recherches récentes explorent encore les façons de penser propres à ces adultes. Si la question se pose pour un proche ou un collègue, le test de QI de Wechsler demeure une référence, même si le chiffre obtenu ne résume jamais la personne ni sa palette de compétences.
Accueillir un collaborateur atypique suppose de lâcher prise sur les schémas habituels, d’entrevoir la richesse de profils qui n’entrent dans aucune case. Accepter leurs différences, c’est s’offrir la chance de bouleverser les habitudes, d’ouvrir la porte à des façons de voir inexplorées. Ceux qui osent cette diversité récoltent souvent l’énergie la plus féconde pour inventer, ensemble, de nouvelles solutions.

